sept 12 2008

Ne laissez pas vos chiens divaguer !

Published by under Comportement

En dehors des grandes agglomérations, il arrive fréquemment que l’on croise un chien errant au cours de nos sorties dans les petites villes ou dans les villages. Les excuses des propriétaires (quand on les trouve) pour se déresponsabiliser varient de « je n’ai pas de clôture », jusqu’à « je n’ai pas le temps de le promener », en passant par « il ne fait de mal à personne », et « il a échappé à ma vigilance, c’est la première fois que cela arrive » ou encore « il ne lui ai jamais rien arrivé, il fait attention ».

On a beau défendre la cause des chiens, il y a des moments où la négligence des hommes irrite.

Est-il utile de préciser qu’un chien n’est pas un humain et qu’aussi gentil soit-il, il peut avoir une réaction imprévisible dans un contexte favorisant ? Même dans une rue peu fréquentée, il suffit d’une fois pour que l’animal errant provoque un incident.

Pour les propriétaires un peu laxistes qui laissent leurs chiens divaguer à leur guise, sous couvert de « liberté et absence de contraintes », j’évoquerai les risques que leur animal cause un accident de la circulation (il peut être blessé, ou si par réflexe le conducteur l’évite, provoquer indirectement des dégâts), qu’il morde un passant (qui voudrait par exemple le repousser ou l’empêcher de venir flairer son enfant), qu’il se mette à poursuivre tout ce qui se déplace un peu rapidement (les chats, les cyclistes, les voitures) ou qu’il terrorise une personne qui n’est pas familière des chiens.
Si vous ne pensez pas aux autres, pensez au moins à lui : votre chien peut se faire écraser par un véhicule, être poursuivi par un enfant qui insiste pour le caresser malgré ses signes de refus ou tout simplement se blesser en posant la patte sur un objet contondant.

Dans tous les cas, c’est votre responsabilité civile qui est engagée, on l’a encore vu récemment avec les chiens dits « dangereux ».

Je pense à Blacky, qui a été empoisonné par un raticide. Ce chien de 6 ans avait l’habitude de vivre sa vie comme il l’entendait, ses maîtres remplissait sa gamelle tous les jours et ne s’inquiétaient pas de savoir où il allait et à quoi il passait son temps. Tout allait bien depuis des années, pourquoi est-ce que cela changerait ? Un jour qu’il a pénétré chez des particuliers, il a visité la maison et mangé le produit destiné aux rongeurs. Le temps de se traîner jusque chez lui et d’attendre le retour des maîtres absents, il y a laissé la vie.
Tous les voisins connaissaient et caressaient à l’occasion Coyotte, jeune labrador mignon et attachant, qui se promenait souvent seul. Un jour qu’il traversait la rue avec la fougue de sa jeunesse, il est passé sous une voiture. Le conducteur a fini sa route dans un mur et lui s’en est tiré avec une patte et une épaule brisées, mais cela aurait pu être encore pire.
Je pense aussi à Cork, qui a mordu mortellement le bichon d’une pauvre mamie. Celle-ci n’a rien pu faire pour sauver son chien terrorisé. Cork se baladait seul, la propriétaire traumatisée par l’altercation a dû, en plus de son chagrin, participer aux recherches pour retrouver le maître fautif qui s’est lâchement désolidarisé de l’affaire.
Tchazz était un jeune amstaff qui a eu la malchance d’avoir un maître totalement irresponsable. Se jouant des lois et des obligations, ce dernier a laissé son chien errer et Tchazz pourtant des plus sociables et de bonne composition a été euthanasié pour cause de divagation sur la voie publique. Nous savons tous ce qui arrive aux chiens catégorisés qui ne sont pas en règle.

Oui, c’est triste ce que je vous raconte. Mais c’est la réalité et c’est justement parce que ces chiens avaient une place, toute petite, mais une place quand même dans la société (au sens vie en groupe), que j’ai voulu traiter de cette question.
S’il vous est arrivé occasionnellement de laisser votre chien faire sa promenade tout seul, demandez-vous comment vous réagiriez si vous étiez les propriétaires de Blacky, Coyotte, Cork, Tchazz ou du petit bichon. Et si ce n’est pas votre cas mais que dans votre entourage vous reconnaissez un cas similaire, n’hésitez pas à leur parler de l’un de ces chiens.

Un peu d’analyse psychologique pour finir…

L’être humain peut s’interroger sur la valeur du lien qui le lie à son « meilleur ami » quand il ne se préoccupe même pas de savoir où son compagnon se trouve ni s’il court un danger. Laisser son animal errer est bien peu représentatif d’une relation étroite, complice et affectueuse, sinon pourquoi le laisser faire sa vie tout seul sans se préoccuper de son devenir ? Il n’y a pas là de « relation » mais une cohabitation largement réduite en termes d’échanges affectifs et d’interactions sociales.

Pour ne pas être injuste, il me faut aussi évoquer les situations où la raison de la fuite du chien n’est pas le résultat de la négligence de ses maîtres. Certains chenapans s’y entendent merveilleusement pour se faufiler sous une clôture, ouvrir les portes ou forcer un passage dans le but de prendre la poudre d’escampette.
Il y a plusieurs éléments dont il faut tenir compte :
Certains chiens ont un environnement qui varie peu, parfois ils ne sont pas assez promenés, n’ont pas l’occasion de flairer de nouvelles odeurs, de découvrir de nouveaux lieux, de rencontrer et jouer avec des congénères. Ils cherchent donc à combler tous seuls leurs besoins insatisfaits.
è D’autres appartiennent à des races faites pour évoluer relativement librement et sur des territoires assez vastes. Ils prennent alors plus de liberté parce que c’est aussi pour cela que l’Homme les a sélectionnés.
D’autres encore, les « chasseurs » notamment, mais pas seulement, ont pris l’habitude de se gérer tous seuls ou refusent les contraintes.

Le seul conseil que l’on puisse donner, c’est de mettre en place des habitudes à appliquer par toute la famille pour ne pas le laisser divaguer ou éviter les départs intempestifs : veiller à la fermeture à clef des portes de sorties, promener le chien le plus souvent et le plus longtemps possible selon l’emploi du temps de chacun, veiller au renouvellement des stimulations, et bien sûr, être vigilant.
Oui c’est fastidieux, mais après tout, lorsque l’on se prépare à partir de chez soi, on vérifie que les lumières sont éteintes, qu’on a bien ses papiers ou son sac à mains, alors il n’est pas bien compliqué de rajouter une vérification… ils le valent bien !

Laurence Bruder Sergent
Comportementaliste, auteur du livre « La cause des chiens » et NOUVEAU !! co-auteur de « J’éduque mon chien moi-même »

 

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