sept 12 2008

Il s’ennuie ou quand la réalité de l’un ne correspond pas à la réalité de l’autre

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Athos est un Beagle que Valérie a acheté après la mort de son vieil Epagneul.
Commerçante, elle confie son chien à son père avec lequel elle vit, durant ses longues heures de travail.
Son père m’appelle un jour parce que le chien de 9 mois est incontrôlable : il n’est toujours pas propre, fait ses besoins partout dans la maison et attrape n’importe quel objet qui passe à sa portée pour le déchiqueter vigoureusement. Tout cela, en présence de ses maîtres et même sous leurs yeux.
Père et fille habitent dans une grande maison avec un jardin de 2 ares, ce qui, leur semble-t-il, représente un terrain de jeu satisfaisant pour Athos. Ainsi, lorsque je m’enquiers du nombre de promenades quotidiennes, ils me répondent : « une fois par semaine, généralement. C’est suffisant, non ? ».
Je pousse plus loin mes investigations et leur demande s’ils jouent avec lui, s’ils passent du temps à l’occuper. Ils lui donnent un os à ronger de temps en temps et pensent en toute bonne fois être généreux.
Il en est ainsi pour toutes les activités quotidiennes : ils en font le minimum, estimant qu’Athos peut se contenter de ce qu’il a.

La réalité de ce chien est pourtant toute autre. En tant que chien de chasse et au moment de l’adolescence, il est débordant d’énergie, a un grand besoin d’exercice et de territoire à explorer. Mais ses maîtres n’en ont pas conscience. Ils pensent que puisque c’est un chien de taille plutôt petite, il n’a pas besoin de beaucoup de promenades.

Je leur propose de consacrer un peu plus de temps à Athos, de faire des sorties avec lui et des activités en tout genre (à leur convenance). Quelques jours plus tard Athos est déjà beaucoup plus calme. Il a eu droit à deux longues promenades et à sa première leçon de dressage.
La situation n’est pas réglée pour autant, mais ses maîtres ont compris qu’eux aussi avaient des efforts à faire, et surtout, qu’ils doivent observer la situation du point de vue du chien, et pas seulement avec leur regard d’humain.

Dans l’exercice de mon métier de comportementaliste, il est malheureusement fréquent de constater le décalage entre les rêves des uns et les possibilités des autres.
Certes de nombreux chiens peuvent se contenter de peu d’interactions avec leur environnement sans que cela ne créé chez eux le moindre problème. Mais d’autres, comme Athos, souffrent de l’ennui et de la pauvreté des activités qui leur sont proposées.

François et Julie forment un jeune couple dynamique. Ils travaillent tous les deux et n’ont pas trop de temps à consacrer à un enfant, ils pensent donc qu’un chien pourrait être une bonne préparation à la parentalité.
Ils me contactent pour que je les aide à trouver la race de chien qui serait compatible avec leur mode de vie. Pour résumer nos deux heures d’entretien, ils veulent un animal qui ne soit pas trop grand, qui ne perde pas trop de poil, qui ne nécessite pas de toilettage régulier, qui s’éduque facilement et soit sociable avec les autres chiens, et bien sûr, qu’il puisse rester seul de 8h à 19h00.

L’avis de la comportementaliste :
Le chien idéal pour François et Julie, c’est …. Aibo. Vous savez, le petit robot développé par une entreprise de technologie japonaise. En plus de remplir toutes les conditions demandées, il est silencieux et n’aboie que si le bouton « ON » est sélectionné.
Cette plaisanterie mise à part, certains désirs des humains sont irréalisables pour les chiens, malgré toute la bonne volonté du monde.
Un chien n’est pas fait pour rester seul 12 heures par jour, 5 jours par semaine. C’est un mammifère social, ce qui signifie qu’il a besoin de vivre en groupe. Ce n’est pas un solitaire, et même en prenant un autre chien comme copain, les deux chiens peuvent s’ennuyer à deux faute de stimulations, de rencontres et d’interactions.

Amstie est une jeune Terre Neuve de 18 mois, que ses propriétaires ont achetée à son éleveur quelques jours avant ma visite. Elle est le premier chien de cette famille pleine de bonnes intentions mais peu habituée aux mœurs canines. Inquiets devant le moindre imprévu et pour éviter de croiser d’autres chiens qui « pourraient être dangereux », ils ne sortent Amstie que très tôt le matin et tard le soir, lorsqu’ils sont certains de ne plus croiser personne dans les rues.
Voulant la protéger d’un hypothétique danger, ils la privent surtout de tout.
Amstie n’a pas le droit de renifler le sol (c’est sale) ni les excréments des autres chiens (c’est dégoûtant), de jouer avec d’autres chiens (elle peut se blesser) ou de se promener sans laisse (elle pourrait croiser une voiture, ou pire, s’enfuir !).
Lorsque je me rends sur place je trouve une chienne apathique, le poil terne et le regard fatigué, sans entrain ni énergie.
En posant des questions sur son lieu d’élevage j’apprends que la chienne passait la plus grande partie de ses journées à l’extérieur avec une dizaine d’autres chiens. La conclusion n’est pas difficile à établir : Amstie s’ennuie prodigieusement, elle est privée de toutes stimulations, et déprime.

Là encore il est aisé de remédier à la situation en proposant à la chienne des interactions variées avec des humains et des chiens en expliquant à ses propriétaires bienveillants le non-fondé de leurs craintes.

Parmi d’autres cas de chiens peu ou pas stimulés qui dépérissent peu à peu ou développent des problèmes de comportement, il est aussi possible de citer :
– ceux qui ont la chance de vivre sur un terrain dont ils connaissent par cœur le moindre centimètre carré et ne sont jamais promenés puisque l’on imagine qu’ils ont largement de quoi se dépenser,
– ceux qui sont livrés à eux-mêmes toute la journée (même en compagnie d’autres animaux mais sans humains pour les divertir) et
– ceux dont la nature profonde nécessite beaucoup d’exercice physique mais qui passent leur vie sur le canapé à attendre que le temps passe, faute de longue promenade au grand air.

Les attentes des maîtres et les possibilités des chiens ne sont pas toujours en adéquation. Nous voudrions qu’ils s’adaptent à nos conditions de vie quelles qu’elles soient.
Nos chiens sont nos meilleurs compagnons depuis des siècles. Peut-on en dire autant de nous à leur égard ?

Laurence Bruder Sergent
Comportementaliste

Comportement canin
Formation comportementaliste
Education canine

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